Le développement durable est-il soutenable ?

Ecrit par spagano sur . Publié dans Adaptation, Cité, Décroissance, Économie, Entreprises, Équité, Histoire, Humanité, Modèles économiques, Richesse, Société, Transversalité

C’est précisément la question posée par Jean-Marie Harribey en juin 2002 lors d’un séminaire de l’observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Le XXIe siècle démarre en effet sur une profonde crise globale touchant les deux aspects fondamentaux de l’humanité : l’état social et l’état environnemental.

D’un point de vue social, malgré l’accroissement considérable de richesses crée au cours des siècles précédents, la pauvreté, les inégalités, l’analphabétisme, la faim et la misère n’ont jamais été aussi criants.

D’un point de vue environnemental, un seul élément résume à lui seul, en creux, tous les aspects négatifs de la catastrophe environnementale qui s’aggrave chaque jour : entrée dans l’ère de l’anthropocène1, l’humanité est devenue un agent géologique qui transforme la structure de la biosphère au point de provoquer la sixième extinction massive d’espèces, au même titre que les plus grandes catastrophes géologiques que la terre a déjà connu.

Reprenant brièvement l’historique de la notion de développement durable, Christian Brodhag note que c’est le fondement environnemental du développement durable, c’est-à-dire « la prévention et la conception de procédés propres », qui nécessite d’intégrer l’environnement dans nos choix économiques et sociaux, c’est-à-dire dans l’ensemble des politiques publiques et des comportements privés, avec en perspective la garantie, pour les générations futures et les pays en voie de développement, de la possibilité de continuer à se développer.

Face à la question des moyens (entendus principalement économiques) à mettre en œuvre pour continuer à se développer sans hypothéquer le futur, c’est en général le compromis politique qui prédomine dans le concept de développement durable. Pour parvenir à cette quadrature du cercle, que représente la croissance économique continue dans un environnement fini avec une consommation globale elle-même en croissance, une série de constructions conceptuelles sont proposées par les tenants du développement durable :

– Mettre sur un pied d’égalité conceptuel société, économie et environnement (les piliers).
– Retourner (reformuler si on observe cyniquement le phénomène d’un point de vue communication commerciale) les contradictions entre ces trois « piliers », en « stratégies triplement gagnantes des 3E : économie, équité et environnement », ce qui au sommet de Johannesburg sera traduit en people-planet-profits).
– Une triple échelle pour la prise de décision compatible avec le développement durable : temporelle en référence aux besoins des générations futures, territoriale pour repenser la mondialisation dans une articulation moins négative de la libéralisation des échanges, échelle présentée comme essentielle car ne sont pas pris en compte les conséquences globales au niveau local, et inversement (nous verrons plus loin que c’est localement que se dessine le global).Et enfin, la dimension systémique, qui de loin est la plus importante, car elle nécessite toujours selon C. Brodhag, de « revisiter l’opposition entre complexité et simplicité, entre la complexité des problèmes qui se posent à nous, et la nécessité d’agir dans un cadre simple. (…) N’importe quel décideur doit être capable de simplifier ses problèmes pour les comprendre, les hiérarchiser, et agir ».

Ce point est fondamental et indissociable du précédent car nous vivons dans un monde où toutes les dimensions informationnelles, toutes les hiérarchies, tous les enjeux sont totalement fragmentés, remodelés, retraduits par un foisonnement médiatique qui s’affranchit totalement de la nécessité de la construction de raisonnements justifiés : multiplicité des médias, multiplicité des points de vue posés comme des vérités, multiplicités des sources non vérifiées… Pour agir, il faut être informé pour pouvoir exercer un libre arbitre et agir en conscience de manière volontaire, en bref, être citoyen et acteur politique.

Ainsi, lorsque l’on poursuit l’étude du concept de développement durable et des questions des intérêts divergents, des tensions et des ruptures, au-delà des intérêts divergents classiques que sont ceux des générations actuelles versus les générations futures, entre le Nord et le Sud, entre besoins humains et préservation des écosystèmes, voire, au-delà même des points de vue divergents interculturels qui fonts que différentes cultures et civilisations peuvent avoir un point de vue totalement différent sur ce qu’est un « développement durable », le point de rupture qui paraît le plus prégnant, le plus systématique, le plus insurmontable, reste celui du « modèle économique ».

Pour déterminer si le développement durable peut être soutenable, il faut donc interroger la partie sur laquelle nous disposons de marges de manœuvre : les modèles économiques que nos sociétés doivent négocier, imaginer, mettre en œuvre, en faisant des choix de polis. De l’échelle macro à méso, puis à l’échelle micro, les modèles sont multiples, et les territoires, les cités et leur histoire, les propositions autrefois qualifiées d’utopies (et qui portent en elles des germes de réponses) sont autant de champs d’étude qui nous apportent des pistes de réponses pour notre problématique.

Si l’on veut interroger les modèles économiques, leurs fondements et leurs mécanismes, leurs théories et celles que l’on pourrait vouloir mettre en œuvre en fonction de nos besoins, il nous faut examiner l’évolution des sociétés humaines dans lesquelles elles ont vu le jour. Quels ont étés les modèles économiques des civilisations et des cités, sur quels modes de création de richesses (de valeurs ?) se sont-elles construites ? Quels modèles ont-elles mis en place pour répondre à leurs besoins ? Quels étaient ces besoins ?

Après avoir examiné ces modèles de développement, Il faut revenir aussi sur la théorisation, la modélisation de ces modèles : quelles théories économiques ont été construites à partir de ces expériences de développement, comment ces théories se sont étendues, passant du micro au macro, et quelles en ont été les conséquences.

Quelles sont les principales failles de ces modèles, qui ont fait disparaître des civilisations et qui seraient susceptibles de faire disparaître la nôtre ?

ITER, EPR (élus Pour Rien) etc.

Ecrit par spagano sur . Publié dans Énergies renouvelables, Hydrogène, Notes

Quand j’étais adolescent, je m’amusais à fabriquer des petites bombes avec des récipients dans lesquels je réalisais une électrolyse de l’eau. De fait, ça m’a toujours paru étonnant que l’on accorde autant de place au pétrole et au nucléaire, quand on sait qu’on ne peut pas stocker l’électricité, et que l’hydrogène, c’est propre et que ça peut soit se brûler, soit s’utiliser dans des piles pour fabriquer de l’électricité. C’est étonnant que l’on tourne tout le temps autour du pot…

Pour sa consommation énergétique, l’humanité dispose déjà d’une formidable centrale thermonucléaire qui ne lui coûte rien, dont elle n’a pas à gérer les déchets, les risques d’explosion etc.

Est-ce que ça ne coûterait pas, tout de même, largement moins cher, de construire des pipelines d’eau de mer que l’on enverrait en plein coeur des déserts (d’Afrique, du Moyen Orient, du Mexique etc.), puis électrolyser cette eau grâce à de bêtes panneaux solaires. En plus, ça permettrait aussi d’apporter sur place de quoi faire de l’eau douce, et serait une bonne occasion de créer des infrastructures de transports ferroviaires…

Comme vous êtes bien formaté par « l’intérêt scientifique validé par l’économie de marché », vous me direz : « et le rendement » ?

Ah oui, ça le rendement, c’est là que l’on voit si le problème est traité de manière « sérieuse », par des scientifiques « sérieux », et pas des rigolos-écolos-cocos
Certains scientifiques et ceux qui financent la recherche (privés ou publics) posent toujours la question du rendement pour pousser de côté les solutions simples (simpliste ?) et pas cher.

Alors, bêtement, le problème du rendement :
Est-ce que convertir en électricité l’énergie de la fission de l’atome en chauffant de l’eau pour créer de la vapeur, puis en convertissant le mouvement de la vapeur en électricité (sans compter la perte d’énergie pour ensuite refroidir l’excès de chaleur ! non maîtrisée), c’est avoir un bon rendement ? Et que dire du rendement global si on compte la filière d’approvisionnement de la matière première, et de la gestion des déchets ? mmhh ? Niveau rendement, là, excusez du peu, ça coince quand même un chouïa…

Est-ce que convertir en électricité l’énergie de la fusion de l’atome en chauffant de l’eau pour créer de la vapeur, puis en convertissant le mouvement de la vapeur en électricité (sans compter la perte d’énergie pour refroidir l’excès de chaleur ! non maîtrisée), c’est avoir un bon rendement ?
Et que dire des investissements colossaux, pour la recherche dont on ne sait même pas si ça va réellement aboutir. Quid de la gestion des déchets (au moins tous les matériaux irradiés, ce qui n’est pas rien) ?

Dans les deux cas, que dire du rendement final de la production de l’hydrogène si ensuite, on utilise cette même électricité pour faire une électrolyse de l’eau ?

Bonjour « l’usine à gaz » !

Pour « le futur de l’humanité* », il y a même des programmes de recherche consistant à « produire » ou collecter de l’énergie dans l’espace, sur la Lune etc. puis l’envoyer sur la terre via des micro-ondes etc. Là aussi, pourquoi pas, mais le rendement ?

Ce ne sont pas les mégawatts qui arrivent déjà sur la terre qui manquent…
Les dirigeants africains et du moyen orient seraient d’ailleurs bien avisés d’utiliser leurs pétrodollars pour partir sur des solutions de ce type plutôt que de piller leur pays et/ou construire des hôtels climatisés, des îles artificielles, des parcs d’attraction pour « assurer » l’avenir de leur pays… Mais bon.

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué (et cher) ?
Pour notre indépendance énergétique pardi ! Je croyais que l’on parlait de l’avenir de la planète ?
Sans doute aussi parce que ça permet à des industriels de rester des « acteurs privilégiés », mais bon, ça, on le savait déjà…

À quand un « ITER » Africain, c’est à dire un projet commun, basé sur des technologies actuelles, pour produire en masse de l’hydrogène dont l’occident va être très, très, très gourmand ?

P.S. :
Sur la même chanson de comment faire des gros chèques d’argent public à des industries privées :
Convertir l’énergie éolienne en électricité, n’est-ce pas aussi une aberration** du point de vue du rendement ?
Si on simplifie en disant que le vent c’est déjà à la base, de l’énergie solaire qui chauffe des masses d’air qui se mettent en mouvement. Pourquoi dépenser des fortunes en sursubventionnant avec des fonds publics des projets industriels privés qui de toute façon ne produiront même pas assez pour couvrir ne serait-ce que l’augmentation de la consommation de nos villes et de nos grandes surfaces éclairées comme en plein jour, de nos bâtiments en verre climatisés, de nos chauffages individuels électriques…
Pourquoi ne pas directement convertir l’énergie solaire là où elle se trouve ? (et aussi faire de réelles économies d’énergie)…

* C’est vrai que si nos dirigeants (on a ceux que l’on mérite) avaient un tant soit peu une once d’empathie pour « le futur de l’humanité », ça se saurait…

** Sans parler de la dépense énergétique de la fabrication, du transport des structures, de l’impossibilité de recycler les pales et autre matériaux composites, de l’énergie dépensée pour fabriquer les centaines de tonnes de béton des socles, de l’impossibilité de gérer et de planifier l’utilisation de cette source, et enfin, bien que ça, se discute, des nuisances…